Cher Masque et la plume,
Tu es et resteras l’émission culte, culturelle et populaire de France Inter. Populaire. Mouais, pas sûr que tu aies déjà évoqué les Bronzés ou Emily in Paris, mais bon.
Ciné, littérature, théâtre… les critiques (c’est un métier, oui) matent des tas et lisent des tonnes d’œuvres puis se délectent chaque semaine, micro en main, en quasi-direct au studio 104 à la Maison de la Radio. Et ça déchire depuis 70 piges, que tu fêtes cette année. Vindiou.
Lorsque les truculents journalistes Polac et Bastide te créent en 1955, les fidèles des ondes RTF mordent direct à l’hameçon. Ton truc en plus : la serpette. Tu tailles des haies, plus efficace que l’art topiaire. Depuis, tu es comme une messe dominicale. Certains vont prier, d’autres se font assassiner. Dire que certains trouvent que le poulet du dimanche est trop sec ou leur famille castratrice. Tu donnes le LA disons…
Une question demeure : vaut-il mieux t’écouter le soir et risquer l’insomnie ou remettre en question notre intelligence au petit matin ? N’empêche, les gens t’adorent... jusqu’au jour où tu parles d’eux. Et en même temps, si tu n'étais pas aussi revêche, ça serait moins fou-fou. “Le masque et la courbette”, ça sonne tout de suite pas pareil. Nan, faut rester intègre, même si, quand elle dégoupille un film avec Scarlett Johansson (miam) ou Brad Pitt (miam miam), ton équipe ne peut décemment pas rallier tout le monde. Et elle n’en a cure !
Fidèle à toi-même, tu l’es. En trente-quatre ans, jamais un mot d’absence de Jérôme Garcin, dont la voix a bercé des générations. Un générique inlassable et inchangé, à une ou deux notes près (Léotard, bouche-toi les oreilles). Et des journalistes, qui à défaut d’adhérer aux contenus, continuent de cohabiter (ni pugilat, ni autodafé à ce jour).
Côté audience, certains commencent au biberon, d’autre à la ménopause. Peu importe, une fois tombé dans la marmite, on y reste. Pour preuve, les audiences ont dépassé récemment le million de téléchargement en podcast. Tu fais presque la part belle à Lena Situations, bientôt à Hanouna, et rien que pour ça, tu mérites le respect éternel.
Tu nous as fait une petite frayeur en 2024, avec l’envolée inopinée de Jérôme Garcin. Et là, ô miracle ! Rebecca. Rebecca Manzoni, qui amène de la grâce dans cette arène, souvent insociable, parfois monstrueuse. Nous réconcilie avec notre intelligence émotionnelle, et nous tient à distance des critiques acerbes. Résultat, quand ça part trop en cacahuète, on se marre.
Bon, il est vrai que tu pourrais de temps en temps évoquer un podcast ou un roman graphique, qui serait cher à mon (pardon) ton cœur… si tu n’avais pas déjà 70 ans ?
Sans rancune, joyeux anniversaire,
et à dimanche !