Cher Monsieur Hulot
Autant ne pas y aller par quatre chemins : on les vénère tes vacances !
À la dernière remise de statuettes françaises, deux de tes compères du cinoche, Camille Cottin et Laurent Laffitte, saluaient la France pour son soutien et ses aides aux artistes. Rendons à César… Tandis que toi, Jacques Tati, en 1953, tu offrais une satire de la France d’après-guerre en congés, payés bordel ! Rendons...
C’est ainsi que tu nous embarques, à bord de ta vieille caisse pétaradante, sur le littoral breton, à l’heure où ça caillait encore sévère il faut bien se le dire - pour te mêler aux plus gâtés et bigrement coincés du fion. À l’Hôtel de la plage, dans un bled inconnu au bataillon (Saint-Marc-sur-Mer???), à quelques pas menus du clapotis de l’eau, des vioques qui crament leur capital soleil et des mioches qui gesticulent, toi, pipe en bouche, attifé d’un pantalon aux fraises (enfin à la mode aujourd’hui) dans ton grand corps maladroit, tu enchaînes les gags, les quiproquos et les ratures avec brio. Un gentil petit canard parmi les bourgeois, irrités, coincés-serrés dans leur bienséance, impossible à encanailler.
Tu n’es pas un gars comme les autres, non, tu es un rêveur. Tu nous prends par la nostalgie d’une période même pas connue, et nous embarque, sourire vissé, dans cette ode au cinéma burlesque ricain.
Je rappelle qu’en ce temps, la péloche n’a pas de couleur, à peine plus de dialogue, alors difficile de faire sans la qualité d’un récit et d’un protagoniste hors pair.
Et cette mélodie ! Une ritournelle qui nous trotte dans la tête (Quel temps fait-il à Paris, d’Alain Romans), au doux parfum de longues vacances tranquilles. Mieux que toutes les stories insta #dreamtrip, tu as à la fois la douceur d’un paysage à Bali (qui veut encore se payer un tel voyage entre l'empreinte carbone, le prix du coucou et le réchauffement ? Franchement, autant squatter la Bretagne) et les péripéties drolatiques d’un bonhomme si élégant. Une silhouette qui, à quelques années et à bonne distance, aurait pu très bien être l’inspiration d’un Giacometti.
La vérité sort de la bouche des enfants ? Et bien, vous savez quoi, ils te kiffent les enfants. Evidemment. Et nous aussi, c’est divin.
Mon très cher Jacques Tati, la comédie est un remède qui mérite tous les honneurs (surtout en ce moment), alors merci et respect éternels.